CONCOURS : JOUER AVEC LES MOTS !

Voici les résultats du concours "Jouer avec les mots". Le but était d'insérer 10 mots donnés dans un texte. Bravo à tous !

LES 4 PREMIERS GAGNANTS :

Premier : Paul Allegraud avec 

VACHERIES CAMPAGNARDES 

Antonin Chapelle, le maire de Saint-Vacherin, malgré ses airs de poussah débonnaire, ou plutôt de "poussin", ce jour-là, vu qu’il était tout de jaune vêtu, chemise, veste, pantalon et chaussettes compris, n’avait rien de l’honnête citoyen qu’il prétendait être. Des casseroles, il en trimballait pas mal, et de toutes tailles. Qu’importe, Antonin Chapelle s’y entendait pour mettre les gens dans sa poche et régnait en maître absolu sur le destin de cette petite bourgade.
Ce fameux dimanche, jour de la tragédie, en sortant de la messe, Antonin Chapelle, fidèle à ses habitudes, traînait sur le parvis de l’église, distribuant poignées de main et bons mots à l’habituel attroupement de courtisans obséquieux et quelques bonbons à leurs gamins qu’il voyait déjà comme de futurs électeurs dociles. S’il n’avait pas été aussi imbu de sa personne, aussi sûr de sa toute-puissance, peut-être aurait-il remarqué Philibert Darencoin, juché sur son tracteur, qui le regardait d’un œil noir.
Philibert Darencoin faisait partie de la quinzaine d’agriculteurs qu’il avait expropriés en échange d’une poignée de cacahuètes, afin que naisse le grand parc d’attractions qui devait faire de ce village la plus riche commune du département. Malgré les promesses du maire de leur allouer de nouvelles terres, les paysans étaient aujourd’hui quasiment S.D.F. et la révolte grondait dans leurs rangs. Ce jour-là, ils avaient décidé de frapper un grand coup.
Lorsque Antonin Chapelle posa son imposant postérieur sur le cuir crème de sa belle 504 décapotable blanche, il ne vit pas non plus Philibert agiter à grands gestes une lampe au verre teinté de bleu… L’eût-il vu, aurait-il compris qu’un horrible piège était en train de se refermer sur lui ?
Chaque dimanche, Antonin Chapelle envoyait femme et enfants partager le repas dominical en famille tandis que, nonobstant toute honte, il fonçait à l’hôtel de la Plage, dans le village voisin, rejoindre Euphrasine Lembompoint, pharmacienne de son état et exigeante maîtresse. Savourant par avance les délicats plaisirs qu’il se promettait, il fut à peine agacé qu’un engin agricole en panne au milieu de la route l’oblige à faire un détour par le chemin des Escargotiers, petite voie étroite, mais heureusement peu fréquentée. Bien sûr, la présence de Gaëtan Guilmorin, garé sur le bas-côté, un tombereau accroché derrière son tracteur, l’étonna un peu, mais beaucoup moins que celle de Félicien Patureau dont la bétaillère arrêtée sur la chaussée interdisait tout passage.
De caractère plutôt sanguin, Antonin Chapelle s’apprêtait à donner de la voix quand il entendit derrière lui le bruit d’un attelage en manœuvre. Le tombereau, guidé d’une main de maître, s’ajustait parfaitement en hauteur et en largeur à la malle arrière de la Peugeot. Avant même que l’engin commence à basculer sa cargaison sur l’intérieur grand luxe de la 504, le maire reconnu à l’odeur ce dans quoi il allait bientôt baigné : du purin d’orties
Paul Allegraud

Second : ex aequo
La Galinette de Mathieu de Béatrice Riot et Lila de Brigitte Charnier

LA GALINETTE DE MATHIEU



Aux yeux de sa drôlesse d’épouse, Mathieu n’était qu’un pedzouille, un cul-terreux de paysan, un clampin juste capable de cultiver des navets, des patates et des cornichons. Pauvre de lui ! Il traînait derrière lui une satanée casserole ! Pourtant, Il y a deux ans, il avait cru accomplir une bonne affaire en s’unissant à Galina, par les liens sacrés du mariage. Avec un nom pareil elle aurait pu le seconder et régner sur sa basse-cour, son potager et sa ferme comme une maîtresse femme. Puisque le prénom Galina en russe signifiait poule en français, il avait pensé bien naïvement qu’elle serait sa poule aux œufs d’or. Pour sûr ! Sa galinette était tellement resplendissante ! N’avait-elle pas joué les starlettes sur la plage de Saint-Tropez ? Il avait été si fier de la présenter à son entourage, puis de l’avoir à son bras à l’église. Tel était pris qui croyait prendre ! Il aurait mieux valu qu’il se marie avec Mauricette, son ex-fiancée. Hélas, elle n’était pas aussi attirante ! Avec ses traits hommasses et sa silhouette trapue, elle n’avait pas fait long feu dans le cœur de Mathieu. Son physique ingrat ne l’avait guère avantagée et elle avait été vite éconduite. En attendant, il aurait dû se méfier de cette trop belle donzelle au regard de braise qui l’avait bel et bien envoûté. Il avait été piégé comme un rat ! Car en vérité, ce n’était qu’une gourgandine de la pire espèce qui passait son temps à se pomponner, pendant que lui, dès potron-minet, s’échinait sur son tracteur. Elle ne se cassait pas non plus la nénette pour tenir les rênes de la maison, même si c’était elle qui portait le pantalon ! Diantre ! Ce n’était plus un poil dans la main qu’elle avait, mais un séquoia !!! Son seul talent était de raconter des carabistouilles à longueur de journée, pour se rendre intéressante. Et elle savait joindre le geste à la parole, la péronnelle ! Elle en brassait du vent à tout berzingue ! Saperlipopette, elle en faisait des momeries et des minauderies ! Et pour comble de bonheur, cette sainte-nitouche avait toujours un pet de travers ! Une valétudinaire patentée qui se languissait de moult maux imaginaires. Par-dessus le marché, elle l’avait affublé d’un vilain sobriquet en le traitant de « fesse-mathieu ». Scrogneugneu ! Si ce n’était pas malheureux ! Lui, pingre ? Macache ! Lui, qui venait de lui offrir une ancienne lampe Berger en cristal de Baccarat qui lui avait coûté bonbon ! Elle ne manquait pas d’air ! Il ne fallait tout de même pas pousser « pépé » dans les orties ! Il en avait plus qu’assez de son air hypocrite et goguenard. Il en avait ras la casquette de ses oripeaux inutiles, de ses fanfreluches affriolantes, de ses colifichets et tout le saint-frusquin ! Il n’éprouvait plus rien pour cette greluche provocante qui se prélassait au lit et l’accablait de reproches incessants, de propos infamants et de critiques infondées. Il était devenu le parfait bouc-émissaire de Madame. Et il était comme une poule qui n’avait qu’un poussin… Il se faisait un sang d’encre. Lui, si zen auparavant, n’était plus qu’un paquet de nerfs angoissé et tourmenté. Il avait de quoi se faire du mouron ! Même leur chat Calisson, à la fois câlin et polisson, avait fini par la prendre en grippe ! Aussitôt qu’elle apparaissait dans son champ de vision, le petit félin s’enfuyait à toutes pattes. Il se souvenait certainement qu’elle avait failli l’empoisonner avec du poisson avarié, l’an passé. Mathieu n’avait plus qu’une obsession, trouver un moyen pour se débarrasser de cette encombrante «belle-en-cuisse» …

Béatrice Riot


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LILA


Lila rêvait au-dessus de l’évier. La casserole encore remplie des saveurs de midi. Lila
rêvait toujours quand elle plongeait ses mains dans la vaisselle. L’eau tiède se transformait en
plage marine où les bulles du liquide vaisselle s’envolaient nouveaux goélands surfant sur un lit
de lumière.
Lila rêvait, Lila frottait. Elle frottait et dans ses yeux flottaient des embruns de silence,
des écumes aromatiques, la brise des plantes sauvages qui lui venaient d’un lointain orient.
L’orient que sa grand-mère, partie avec les goélands, lui inventait. Un orient de brume qui
s’échappait des lèvres de sa grand-mère, un orient où les temples bouddhistes devenaient des
églises étonnantes comme des chapiteaux, où les moines, sabre au poing, virevoltaient dans leur
robe de feu séduisant les rêves de Lila.
Lila frottait. Un tintement. La voilà affrontant les marches du temple-église. Aucune
lampe pour accompagner sa lente montée, mais des lampions, des arcs en ciel de bougies et la
mélodie des moulins à prière.
Lila frottait. Des piaillements. Les singes venaient jouer sur ses épaules, tiraient ses
cheveux. Elle sortit de sa poche les derniers bonbons qui lui restaient, ceux qu'elle avait achetés
la veille au marché du village. Les jeta loin d'elle. Les singes l'abandonnèrent. Elle arriva au
sommet de l'escalier. Pénétra dans le temple-église, éblouie par la grandeur des statues colorées.
Toute une palette de peinture se révélait à ses yeux, des ocres, des jaunes poussin, des rouges
vermillons, des verts printemps, du noir. Et ces visages grimaçants. Ces postures improbables.
Lila s'en retourna, après une longue contemplation, sur les lèvres le mantra Oṃ maṇi
padme hūṃ. Redescendit les marches, le regard vers les collines qui protégeaient les
monastères. Hantée par la musique des moines, elle avançait sans se soucier de la végétation
envahissant les sentiers. Elle ne prit pas garde aux orties qui transperçaient son pantalon. La
végétation lui sembla soudainement hostile. Les oiseaux hurlaient à ses oreilles. La pluie se mit
à tomber sombre, violente. Ses yeux s'embrumaient de gouttes tièdes. Ses mains sentaient l'eau
moite dégoulinant sur ses doigts. Le bruit d'un tracteur envahit l'atmosphère. Lila regarda
autour d'elle. Où était passée la végétation ? Où se nichaient les oiseaux hurleurs ?
Dehors, un ciel lacté sur les champs de maïs. Dans sa cuisine, murmurant le mantra,
Lila, de ses mains gercées par la vaisselle répétitive du midi, venait de réinventer le geste
d’Aladin.

Brigitte Charnier


Troisième place pour Jacqueline Souza-Conti
(sans titre)

Elle lui intime de rester à la maison,
Ordre qu’il repousse d’un si vilain geste,
La traitant de poison, d’emmerdeuse, de peste
Et qu’elle cesse de toujours lui casser les bonbons.


Donc, il part muni de sa lampe tempête
Enfile à la hâte sa veste jaune-poussin
Puis enfourchant sa vieille bicyclette
Il s’en va au bistrot retrouver ses copains.


Tout en sifflotant il quitte sa rombière
Déjà tout au plaisir d’avaler quelques bières.
Toute la journée à la tâche sur son tracteur
Lui donne bien le droit de s’amuser «queque z’ heures»


Elle mettra le disque de leur crooner favori
Qui fut un temps leur chanson à elle et son mari
Bien avant que l’aiguille après tant de passages
N’ait rayé le sillon gravé sur sa plage.


Scandant à tue-tête de sa voix de casserole
Son refrain habituel de la carmagnole
«Ah ça ira … les aristocrates à la lanterne»
Il revient chez lui, pieds nus dans la luzerne.


La nuit est noire, tout autant que notre noceur
Plus de lampe, de bottes, pas même de chemise
La route a disparu, « Ben où qu’elle est à c’theure » ?
Quand soudain  il voit, le clocher éclairé de l’église.


Dans la joie de se retrouver enfin, il saute, se déhanche
Et ne peut retenir le trop-plein de sa vessie
Qui tel un torrent impétueux, déchaîné  jaillit
Inondant  de haut en bas son pantalon du dimanche.


Ah ! Ah ! Vous vous dites où va-t-elle pouvoir insérer
Le dernier mot. Alors voici la fin. Après sa fuite  …urinaire,
Il ôta son falzar, tout comme lui, fortement imbibé
Et suivit sa route, parmi les herbes folles, nu comme un ver.


Tout droit,  se disait-il, les yeux braqués  sur la lumière mouvante
Doux euphémisme ! Elle semble si près,  mais parfois si loin, sans doute.
Et vlan, coup du destin, un fossé mal intentionné, se place sur sa route
Il glisse, plusieurs roulés-boulés  et atterrit sur les orties urticantes.

Jacqueline Souza-Conti


Quatrième place pour Cécile Ramaekers
La soupe aux bonbons


LA SOUPE AUX BONBONS

Dans une grande casserole, faites cuire à feu doux une poignée d'orties mélangée à deux tasses d'eau. Pour couper le piquant des feuilles, ajoutez-y un petit cube de bonbon sucré. Mélangez le tout, jusqu'à ce que le cube soit entièrement dissout, puis portez à ébullition durant deux minutes soixante-cinq.
Coupez le feu, puis laissez reposer à température ambiante jusqu'au prochain son de cloche de l'église de votre village.

Jusque là, tout me paraissait simple, même si j'avais un doute sur le temps de repos car chez moi, à trois cents quatre-vingt deux mètres de la plage et sous dix-huit mètres virgule quatre d'eau de mer amer, il m'est impossible d'entendre les cloches sonner.

D'un geste méthodique, j'allumai ma lampe informatique et parti sur le net à la recherche d'une autre façon de faire cette recette. Cette entrée sucrée-salée, je ne pouvais pas la rater ! C'était le plat préféré de mon poussin qui devrait venir, tout à l'heure, peu avant le coucher du dauphin.

Pour ne pas changer, ma connexion avait des « ratés », et j’eus le temps de voir deux tracteurs passer avant que ma page soit enfin chargée ! Pfff ! Je vous jure, aucun geek ne survivrait à une connexion pareille, sauf peut-être les Ouiphy, cette espèce de serpent électrique qui vit dans les fonds profonds et qui grappille le moindre courant marin.

Enfin, bref, sur les 5 résultats que me donna Internet, quatre avaient des temps de repos qu'il m'était impossible à respecter. Pour l'un, je devais attendre le passage d'un banc de poissons plumes (dans la mer amer, je vous mets au défi d'en trouver ne fut-ce qu'un seul !), pour un autre je devais simplement photographier la prochaine lune rouge qui, si ma mémoire est bonne, n'est pas avant une dizaine d'années, pour un autre encore, il me suffisait d'éplucher un pantalon cornichon (en plein septembre, ce n'est plus la saison voyons) et enfin pour le dernier, je devais écrire le mot « belouette » en franssère, puis en anglair et enfin de travers… Moi qui suis uniglotte, c'est mission impossible. Il me restait donc une seule façon de faire, je n'avais pas le choix, je n'avais plus que cette possibilité : « Laisser reposer jusqu'à ce que votre invité arrive. Servez dans un bol profond, agrémentez de quelques grains de confettis et … bon appétit ».

Cécile Ramaekers


ENSUITE : (A noter que les textes suivants ne sont pas mis dans un ordre de gagnants mais par ordre alphabétiques de prénoms.

Angelina :

Le petit poussin et sa soupe d’orties

Il était une fois un petit poussin qui portait un pantalon, sur lequel on pouvait voir le dessin d’une église.
Il adorait le bonbon au caramel de son arrière-arrière-grand-mère qui avait 282 ans, mais il ne mangeait pas car il le gardait dans la poche de son pantalon en souvenir d'elle car il ne la voyait pas beaucoup. 
Un jour, il alla chercher son tracteur pour aller à la plage  arracher les orties. Comme il faisait noir, le petit poussin prit sa lampe torche et fit de grands gestes avec pour éclairer les végétaux qu’il devait arracher. Il arracha ainsi les orties une par une. De retour chez lui, il les mit dans sa casserole pour en faire une soupe d’orties.
Il prit la recette de son arrière-arrière-grand-mère et lu :
Ingrédients :
4 bouillons de cloportes
1 kg d'orties
2  oignions
2 poignées de pistaches
1 creux de patte de sel
1 soupçon de poivre
2 poivrons verts piquants
6 carottes
1 patate
2 litres d'eau
25 cl de grenadine
Une marmite de sorcière pour une cuisson automatique
 Il fit 6 fois le tour de sa cuisine pour trouver les ingrédients. Malheureusement, il ne trouva pas de poivrons, alors il mit le bonbon au caramel pour remplacer cet ingrédient manquant. Il se rendit compte alors que sa soupe devenait orange flash, et qu'elle avait un délicieux goût sucré !
Fier de sa découverte, il alla trouver son voisin l'âne pour lui demander de le conduire chez son arrière-arrière-grand-mère qui habitait à des kilomètres de chez lui. Le poussin voulait vraiment lui faire goûter sa nouvelle soupe.
Après plusieurs heures de longue marche, ils arrivèrent enfin chez la vieille cane. Celle-ci était tellement heureuse de la visite surprise de son petit poussin, qu'ils firent une fête pour cette soupe qui dura jusqu'à minuit !
Angélina (11 ans)



Axelle Yelma
Vie urbaine et rurale
       L’air est pollué par l’industrie, en ville. Les citadins sont réticents ; ils vont vite, s’activent et n’ont le temps. A Lausanne, par exemple, l’architecture est moderne. Les maisons sont si bien disposées qu’on se retrouve facilement : à droite les immeubles en numéros pairs et à gauche ceux en numéros impairs. Les bus passent toutes les cinq minutes. Il ne faut pas être en retard d’une minute. En suisse on est ponctuel, ce n’est pas cruel ! Les moments de distraction se déroulent bien souvent dans les lieux publics :

 A Ouchy, Sur la plage saturée de vacanciers,
Une jeune femme lisant un roman policier
Est allongée sur une natte.
Posée, reposée, elle parcourt son roman sans  hâte.
Un passant malin l’asperge de sable sur le visage.
Folle de rage,
Elle se défoule verbalement.
Après avoir retrouvé sa sérénité, elle va à l’eau lentement.
         Plus loin à droite, une petite fille capricieuse de sept ans réclame un bonbon à sa mère en trépignant. Irritée, celle-ci l’empoigne et lui demande de se calmer.
           L’atmosphère est si édénique, les paysans si sympathiques et généreux, en campagne. Monsieur Edouard Chapuis, un paysan de Cugy, aime cultiver la terre et élever des poussins. Sa compagne Martine, influencée, lui prête main-forte. Seulement elle appréhende souvent le contact avec les orties.
Monsieur Chapuis se revêt d’un pantalon particulier et se sert d’un tracteur pour labourer la terre.  C’est un bourreau de travail. Il est capable de labeur jusqu’à tard dans la nuit. Dans ces cas-là, il se sert d’une lampe torche pour s’éclairer. Les casseroles usées de sa défunte mère lui servent de récipients pour nourrir sa volaille.
Tous les dimanches à neuf heures du matin, le son tonitruant de la cloche de l’église évangélique située à quelques pas de chez lui résonne. Martine trouve agaçant. Une voisine de Monsieur Chapuis, Madame Ricardo, âgée de quatre-vingt ans est une fervente croyante. Elle fait un geste de la main lorsqu’elle passe devant  chez lui, à chaque fois qu’elle se rend au culte.

      Il est agréable de vivre en campagne, mais financièrement capital d’être en ville.

Axelle Yelma

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Charlotte Coudray
Au détour d’un chemin.
Ce jour-là, je marchais dans l’un de ces chemins creux bordé par de vieux chênes têtards. Mon attention fut attirée par une poule et ses poussins qui apeurés par ma venue s’enfuirent dans des orties au pied d’un vieux chêne. Amusée, je poussais les orties du pied et c’est alors que je vis un pantalon séchant au vent, un tracteur abandonné sur une  place. Je crus deviner dans une maisonnée, la lueur d’une lampe et le bruit des casseroles. Sur une plage de sable fin, des bonbons avaient été oubliés. Les cloches d’une église sonnèrent au loin me tirant de mon observation,  me redressant je tournai la tête. C’est là que je les aperçus, ils se cachaient mais étaient bien présents. Alors pour les rassurer, d’un geste je rabattis les orties et continua ma flânerie, heureuse. Maintenant, je savais…
Charlotte Coudray
Les Pays d’Elfirie

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Christian Galiana
L’œuvre
Comme tous les matins de bonne heure, François nettoyait la plage avec son tracteur avant l'arrivée des touristes. Comme chaque jour, de nouvelles surprises l'attendaient et comme chaque jour, il pourrait terminer son nettoyage par un geste pour la culture en continuant cette sculpture surréaliste qu'il avait commencée dès le début de la saison, là-bas au bout de la plage, juste en dessous de la petite église qui faisait face à l'océan.
Un échafaudage étonnant de ses trouvailles de l'été : des chaussures, des parasols multicolores, des chapeaux de paille, deux planches de surf brisées, des sous-vêtements de toutes les tailles, des fleurs en matière plastique, le tout  artistiquement disposé, et même une vieille carcasse de vélo qu'il avait installée au sommet de cet empilage qui devenait une œuvre psychédélique et surtout un détour obligé pour les touristes toujours avides d'étrangeté.
Aujourd'hui, le méli-mélo de François s'enrichirait d'une casserole qu'il allait fixer à la proue de ce navire incertain, juste en dessous de la lampe tempête qu'il venait allumer chaque soir, car son œuvre se visitait aussi à la tombée de la nuit, quand les promeneurs et les infatigables photographes venaient contempler et immortaliser cet amalgame incongru mais finalement très onirique qui les réjouissait comme un bonbon insolite au soleil couchant.
Pour chevaucher l'ensemble, il avait conçu avec les débris ramassés sur la plage une sorte d'épouvantail déguenillé, habillé d'un vieux pull marin et d'un pantalon non moins marin à pattes d'éléphant, rouge et aux larges revers, épouvantail récemment affublé de deux paires de lunettes de soleil superposées et dont le regard ainsi équipé semblait se perdre dans la ligne d'horizon.
Aussi étonnant qu'un poussin dans une friche industrielle, cet assemblage facteur chevalesque finissait par faire l'orgueil de la commune qui ne souhaitait plus – comme en début de saison – le jeter aux orties, mais qui envisageait plutôt d'en assurer maintenant la promotion afin d'attirer les visiteurs pendant le reste de l'année.
La ministre de la Culture elle-même en avait été informée et bien sûr des images de l'œuvre circulaient de plus en plus sur la toile.
Encensé par la critique artistique, François serait bientôt fait Chevalier des Arts et des Lettres et abandonnerait son poste de nettoyeur de plage pour devenir conférencier, mais cela ne serait hélas pas le meilleur de cette histoire…
Christian GALIANA
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Christiane Genêt
Le bénitier aux bonbons
-Quand Marcel, le paysan de Coze venait sur son tracteur rouge en pantalon bleu après le travail, près du perron de l'église où il garait son beau tracteur sur le parking des voitures pour acheter son journal au bureau de tabac et boire son pastis coutumier au café de la place centrale, il avait un geste de joie. Sa poitrine se détendait. Il retrouvait des souvenirs d'enfance, de bons souvenirs où, accompagnant sa grand-mère à la messe du dimanche, il avait droit de prendre un bonbon dans le bénitier réservé aux enfants.
-En effet, en ces temps là, il existait des bonbons de toutes les couleurs, à tous les parfums, dans un des bénitiers de l'église qui dormaient au frais sous la tendre lumière d'une veilleuse qui servait de lampe dans le coin le plus sombre des lieux. C'était là que se trouvait le bénitier dit des enfants.
-Ensuite, après la messe, en revenant de l'église sa grand-mère lui demandait de l'aider à ramasser des orties d'un vert bouteille en bordure de la plage au sable chaud. Pour les cuire dans la casserole en fonte et obtenir une bonne soupe de santé elle y ajoutait une cuillère à soupe d'huile d'olive. Elle la lui offrait chaque dimanche, au retour de la messe, cette soupe d'orties cueillis ensemble alors qu'il était encore assez naïf pour idéaliser ce moment de partage avec la mère de sa mère. Le reste de la soupe était jetée dans la cour pour les petits poussins tout jaune et duveteux de la ferme qui accouraient en tout sens en piaillant.
-Quelle âge avait-il donc ? Il se grattait la tête avec plaisir pendant qu'il savourait cette émouvante évocation. Sa grand-mère qu'il appelait Mamou lui apprenait à être heureux avec le peu qu'occupait son assiette du dimanche.
-Ensuite c'était une bonne partie de crapette où à chaque fois sa grand-mère gagnait avec une telle joie qu'il s'en réjouissait lui aussi pour elle, qu'elle gagne et que lui perde.
-Voilà le temps a passé. Marcel a pris de l'âge et il ne mange plus d'orties en soupe. Il est heureux de retrouver cette évocation d'un moment de bonheur devant le parvis de l'église de son village de Coze.
Christiane Genêt


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Corinne Moreau
Encore une insomnie….
Il faut que j’aille sur la plage pour me changer les idées. J’enfile rapidement un pantalon et me dirige à tâtons dans l’obscurité pour ne réveiller personne.
Aïe ! Je me cogne contre un truc en métal qui fait un bruit de casserole en dégringolant, ma petite sœur a encore laissé trainer des jouets partout ! Je viens en fait de bousculer le tracteur de Barbie !

Continuant en mesurant chacun de mes gestes, j’avance lentement dans le noir, il faut que je déniche une lampe. Ça devrait être possible dans tout ce bric à brac entassé par ma sœur pour jouer « comme une grande ». J’en trouve enfin une, planquée au milieu des peluches, poussins, canards, et autres animaux sont en train de barboter dans une fausse piscine et la lampe faisant office de plongeoir ! Quel bazar, il y a même des papiers de bonbons, sans doute de la nourriture pour récompenser ces bestioles après le plongeon.

Je sors de la maison, contourne l’église, prends le raccourci qui mène à la plage, zut, j’avais oublié qu’il y avait plein d’orties sur ce chemin ! Tant pis, j’avance rapidement, ça me fouette les jambes, mais je ne sais pas si je vais à me rendormir après tout ça !

Corinne Moreau


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Elisabeth Milbeau

Une journée en août
D'un geste vif, elle allume la lampe au-dessus de la cuisinière. Il faut qu’elle se hâte car enfants et petits-enfants vont débarquer de la plage, l’appétit aiguisé par le grand air.

Déjà une bonne odeur de sucs de viande, d’orange et différentes épices,  s’élève dans la cuisine rustique. Les jarrets de veau mijotent dans le four. Dans la casserole, sur le gaz, aux oignons  elle ajoute carottes, miel, cumin, bouillon de poule. Déjà lavées et coupées en morceaux, pommes de terre, navets et courgettes s’apprêtent à rejoindre les autres légumes. En souriant, elle pense qu’elle aurait pu ajouter quelques orties, celles justement qui la veille ont, perfidement, piqué le petit Rémy, deux ans. Des bonbons avaient rapidement séché ses pleurs et un peu de pommade calmé les démangeaisons.
Ce petit chéri est à l’âge innocent où l’on ne suspecte pas le danger. La semaine dernière n’a-t-il pas échappé à la vigilance de sa cousine et traversé le chemin qui mène à l’église car il avait vu en face, dans l’enclos où quelques poules courent en liberté, une couvée de petits poussins. Moins d’une minute plus tard, un tracteur chargé de foin arrivait. A ce souvenir, les battements de son cœur s’accélèrent.
Les légumes commencent à confire et elle baisse le gaz. Un grand saladier de tomates du jardin, noires de Crimée, cornues des Andes, cœur de bœufs attendent d’être savourées. De même, un grand compotier de fruits et un gâteau aux fraises qu’elle a confectionné la veille.

Maintenant, Il lui reste à mettre la table. Douze personnes ! C'est un peu de fatigue mais tellement de joie.
Ils sont venus, en ce début de juillet, profiter de la fraîcheur de la côte normande, quittant sans regret les températures exténuantes de la capitale
Il faut qu’elle se change avant leur retour. Elle remplace son pantalon par une jolie jupe, rectifie son maquillage, se recoiffe. 
A peine a-t-elle le temps de s’asseoir, un livre à la main, qu’un joyeux brouhaha monte de la  rue.
Mamie ! Mamie ! Ça y est ! Nous sommes là ! Si tu savais ce qu’a encore fait

Elisabeth Milbeau

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7 commentaires:

  1. Coucou ma Chantaloup
    Je vais me lancer !
    J'ai une copinaute qui a la plume facile qui va y participer aussi.
    Bisous et bon vendredi
    Béa kimcat

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    1. Super !
      Allez-y les filles ! Je suis certaine que vous allez être au TOP :)
      Bisous
      Chantaloup

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  2. Bonjour,
    Grâce à Béa (Kimcat), je découvre votre site, association et concours... ouf tout ça à la fois hihi
    J'ai déjà un premier texte, et c'est quand je relis le règlement (30taine de lignes) que je me dis "oups"... mais non, ça va, j'en suis à 26 ! Sans compter, sans tricher :) Bon, c'était mon premier texte un peu foufou, je vais voir si je peux en faire un autre un peu plus terre à terre.
    Au fait béa, la copinaute, c'est moi ?
    Amitiés à tous, et à bientôt
    Cécile

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    1. Bonjour Cécile,
      Je suis heureuse de t'accueillir parmi nous. Je me souviens très bien du livre "faire pousser des oiseaux".
      J'ai voulu le commander pour notre bibliothèque mais nous n'avons pas pu l'obtenir du moins par la librairie par laquelle nous sommes dans l'obligation de passer. Quel dommage. Je souhaitais vraiment le faire partager à tout les enfants !
      Les textes un peu foufous sont les bienvenus ! Il y a bien assez de choses tristes dans cette vie.
      J'attends tes textes avec impatience.
      Amitiés Cécile et à bientôt,
      Chantal

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    2. Oui Cécile la copinaute c'est toi !
      Bisous

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  3. Coucou ma Chantaloup
    Mon texte est fait ! Tous les mots sont casés. 35 lignes, ça ira ? Il est assez amusant et son titre est "La galinette de Mathieu".
    Je te l'envoie bientôt !
    Bisous.
    Contente de savoir que nous allons pouvoir compter sur la jolie plume de Cécile.



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    1. Coucou ma Béa,
      Il n'y a pas de problème une trentaine de ligne ce n'est pas 30 pile ! Je me doute que ça doit être tout bon.
      J'ai hâte de te lire ainsi que Cécile.
      Bisous
      Chantaloup

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