Thème : Femme en réflexion



 Auteur : Annick Dufresne

CHAMBRE AVEC VUE SUR LA MER

... Arrêtée à la pointe de la presqu’île, accoudée au muret, immobile, une jeune femme, contemple la mer...
De la maison qui surplombe la jetée, intriguée par la silhouette figée en contrebas, Marie, descend rejoindre la forme qui se dilue dans l’obscurité naissante.
- Il se fait tard... Vous allez prendre froid.
- Pas froid.
- Venez- vous réchauffer un instant à l’intérieur.
- Pourquoi pas ?
- Je m’appelle Marie, et vous ?
- Marine.
A peine entrée dans la maison, Marine, jette un regard circulaire dans le salon.
- Vous cherchez quelque chose ?
- Une fenêtre avec vue sur la mer pour écrire.
- Suivez-moi, je crois que j’ai ce qu’il vous faut.

Marie entraîne Marine au premier étage. Elle ouvre une porte. Marine, aimantée, s’approche de la baie avec ... la mer à perte de vue...
- Vous trouverez du papier et des crayons dans le bureau.

Marine s’abime dans une profonde contemplation. Marie s’éclipse discrètement

Le lendemain matin Marie frappe à la porte de la chambre. N’obtenant aucune réponse, elle entre. Marine est assise au bureau face à la mer. Sur le bureau, une pile de feuilles écrites à la main.
- Vous n’avez pas chômé !

Marine sort de sa torpeur.
-      Je dormirais bien un peu.
-      Vous êtes ici chez vous. Je peux lire?
-      Je vous dois bien ça...

Marie découvre sur la première page le titre :

“CHAMBRE AVEC VUE SUR LA MER”
FIN


 Auteur : Émeraude

Son ami est parti:

Pourquoi s’est-il enfui ?



Les yeux brouillés

Et le coeur défaillant

Elle lui écrit :



“ Souviens-toi !

       “ Tu étais gravé en moi

       “ Tu régnais sur ma vie



       “ Avec toi

“ Sous le ciel

      “ J’ai frôlé les nuages

            “ Et goûté

“ A une bribe d’infini....

      “ Nos corps  enlacés

“ Ont oublié le temps…



“ Puis tu es devenu

          “ Papillon

       “ De toutes les fleurs

“ Me délaissant 

       “ Pour d’autres parfums

          “ Plus enchanteurs !



“ A présent c’est fini !



“ Mes rêves se sont envolés

“ Et mon coeur dévasté

                  “ Te rejette !



    “ De l’arbre de ta vie

“ Ma feuille se détache…



         “ L’amour

    “ Au savoureux nectar

“ N’est pas éternel



        “ Cependant

“ De toi mon souvenir

“ Ne sera point cruel.



“ Ton ex-fiancée.”

 


 Auteur : J.P. Goyat



La femme des toiles d’Hopper

Un rayon pénétrant,

Le soleil du matin,

Fenêtre ouverte sur le monde,

Le regard cherche l’horizon,

Les pensées vagabondent,

Le temps d’une introspection,

Sur le lit, assise, les jambes pliées,

Nostalgique, elle attend et dans ses songes se perd,

La femme qui, devant la fenêtre, se cherche, dans les toiles d’Hopper.



Auteur : Chantal Guilbert



Sylvia réfléchi, enfin elle essaie de réfléchir, de se concentrer.
En fait, elle ne peut confier ce qui lui est arrivé à personne. Mais comme toujours dans les moments de détresse ou de grande contrariété, elle se doit de coucher son mal sur le papier.

Ensuite le papier noirci ira à la corbeille … Comme toujours. Le mal se sera tari et la vie reprendra son cours normal.

Elle n’arrive pas à trouver les mots, la phrase qui va donner le coup d’envoi et qui va faire que les autres vont automatiquement s’enchaîner jusqu’au point final.

L’histoire est finalement très courte.

Elle s’est trompée. Elle pensait qu’il l’aimait et elle s’est trompée presque ridiculisée. C’est là sa vision des choses.

Il ne l’aimait pas. Du moins pas d’amour.
Il faut fermer le chapitre. Son cœur doit cicatriser. Son cerveau doit rouvrir la case « indifférence ». 

Le moment venu, Monsieur le Papier, elle vous chiffonnera et vous partirez en recyclage pour un autre bloc de papier peut-être … Et vous serez porteur, pourquoi pas d’une lettre d’amour.



 Auteur : Mick Hall

Suzanne prie.

Mais que fais-tu là belle Suzanne 
Dans cette église froide d’amour ?
Il fait froid même dans ton cœur,
Tes yeux pissent le sang, le malheur.

Mais que fais-tu là ma Suzanne 
Agenouillée sur un prie-Dieu,
Le visage masqué dans deux mains
Pas assez grandes pour te cacher ?

Mais que fais-tu là ma Suzanne ?
Les larmes que tu ne retiens pas
Coulent dans ce silence qu’on ne voit
Entre de fébriles et tremblants doigts.

Mais que fais-tu là ma Suzanne ?
Tu crois qu’encore le silencieux,
Le crucifié descendra de sa croix
Pour soulager ton si gros désarroi !

Suzanne ! Tu peux prier longtemps,
Tu peux pleurer des larmes de sang,
Ton fils et ton mari partis à la guerre
Seront bientôt six pieds sous terre.

Mais que fais-tu là ma Suzanne ?
Rien ne pourra plus changer !
La haine fait des tués à la guerre,
La haine est bien des deux côtés.

Mais que fais-tu là ma Suzanne ?
Tout à côté dans la vieille mosquée,
Pleure une autre mère, qui à la guerre
A perdu son seul  fils et un petit frère.

Que fais-tu là ma chère Suzanne ?
Il n’y a pas de dieu mieux qu’un autre.
Il est pitoyable de toujours penser
Que le cours du temps, ils vont changer.

Que fais-tu là encore ma Suzanne ?
Ils ne t’ont pas écouté ces orgueilleux !
Les peines, le malheur sont pour tes yeux
Des hommes sont morts au nom d’un dieu.



 Auteur : Mick Hall


Suzanne, à la fenêtre.

Suzanne, que fais-tu là ?
Les deux coudes sur le rebord de la croisée,
A voir, ce qui se passe de l’autre côté
Ou plutôt ce qui ne s’y passera jamais.
Le regard, planté comme derrière une vie,
Découvre le tain las qui déteint de l’ennui.

 
Suzanne, que fais-tu donc ?
La vie est-elle différente vue de là ?
Immobile, tu ne te bouges presque pas,
Inondée par la lumière. Des jours entiers
Tu ne regardes plus, tu vois ces étrangers,
Ces moutons qui, ailleurs, vont se précipiter.

Suzanne, que fais-tu donc ici ?
Est-ce rassurant donc d’être si différent ?
Vois, comme ils courent, tristes au fil du vent.
Ils courent plus vite encore vers une fin.
Chaque soir c’est de même, ainsi le matin
Ils ne voient comme tu les vois fuir leur destin.

Suzanne, que fais-tu derrière ces barreaux ?
Celés dans la dérive d’univers avides,
Des mondes si différents se croisent vides,
Sans jamais rencontrer de moments plus subtils.
Ton regard hagard de démente comprend-t-il
Que de chacun des côtés, le monde est débile ?

Suzanne, que fais-tu donc là ?
A regarder les moutons qui partent brouter
Où l’herbe est plus verte qu’un trottoir bitumé
Promesse des menteurs au pouvoir égoïste
Pour faire croire que toujours ils existent
Dans le sombre d’une inexistence bien triste.

Suzanne, reste là bien de cet autre côté !
La folie protège bien de la connerie,
Continue de les regarder, tous ces impies.
Il est bien affligeant de voir ce défilé
De tous ces gens qui sont déjà outrepassés
Avant d’avoir existé, sans même être né.

Suzanne, ceux qui t’ont mis ici
N’auront le courage de venir t’apaiser
La lumière leur donne un teint bien trop hâlé.
Ils n’ont pas le courage… d’exister ici
Toi, tu es ici pour le reste d’une vie,
A les scruter corrompre la leur, jour et nuit.



Auteur : Elisabeth Milbeau (gagnante pour ce thème)




J’observe le portrait que Maman vient de me donner. Une jolie jeune femme brune à son bureau, un crayon à la main, en pleine réflexion. C’est Mathilde ma grand-mère. Quand elle est morte, d’une chute dans l’escalier, Maman avait deux ans et sa sœur quatre ans. Peu de temps après son père était parti au Brésil, inconsolable prétendait-il de la mort de sa femme. Mort suspecte disait Daphnée, la tante de Maman,  qui avait élevé les deux petites orphelines.
Je caresse la photo. Le cadre est en mauvais état et je vais tenter de le restaurer. Délicatement je l’ouvre, une lettre en tombe que je déplie en tremblant. Je lis:

2 décembre 1965
Quand les choses ont-elles commencé à déraper, pourquoi cette violence ? Qu’ai-je donc fait pour susciter sa colère ? Et ses scènes de jalousie ? Oui, bien sûr quand il me reproche un acte que j’ai fait sans son accord, une parole malheureuse qu’il juge être prononcée à son encontre, un sourire que m’aurait adressé Pierre, Paul ou Jacques, je réplique, je me défends. Pourquoi devrais- je constamment  demander sa permission ?
N’ai-je pas le droit d’avoir mon opinion, différente de la sienne, et en quoi un sourire est-il répréhensible ?  Il ne supporte pas que je lui tienne tête. Alors il me secoue et me jette par terre puis me crible de coups de pied.
Il faut que je me taise.  J’ai l’impression de m’enfoncer dans le néant. Peu à peu je perds confiance en moi. Pourtant il faut que je conserve assez de force pour passer mon concours de professorat et me rendre à l’école où je suis institutrice. Egalement pour m’occuper de mes deux petites filles que j’adore...et de leur père que je ne supporte plus.
Je suis prise au piège. Pas question de partir en emmenant mes deux enfants...Je n’ai pas le droit de les priver de leur père. Je me suis mariée pour la vie. C’est ce que  m’a appris mon éducation familiale, religieuse, sociale.
Il  y a deux jours il a failli m’étrangler. Je suis arrivée à me dégager et me suis réfugiée dans la chambre des enfants dont j’ai fermé la porte à clé. Le lendemain, je passais une des épreuves de mon concours. Je crois qu’il ne supporte pas que je fasse des études.
Une de mes voisines a remarqué les traces autour de mon cou. Il y a un mois mes collègues avaient vu l’hématome qui couronnait mon œil droit.
Après chaque scène il me supplie à genoux de lui pardonner, jure qu’il ne recommencera pas. Puis il me menace. Si je le quitte, il me tue, moi et mes filles. Il en est capable. Je vis dans la peur. A qui me confier ? Maman ? Elle ne me croirait pas tant il l’a manipulée. La police ? Impensable. On ne dénonce pas son mari, le père de ses enfants.
J’entends sa voiture. Vite que je cache ce mot...je continuerai plus tard.

Mes yeux sont embués de larmes. JE m’assois à mon bureau, pose la tête sur ma main, bouleversée par ce lourd secret qu’une lettre datant d’il y a cinquante ans m’a fait deviner.






Auteur : Sarah Mostrel

AU BORD DE NOS RIVES





J’ai un espoir

Celui de bâtir

Une vie



Vous ne saviez pas que ça se bâtissait une vie ?

Moi non plus

A mes dépens, je l’ai appris



Moi, je pensais qu’il suffisait d’aimer

Qu’il suffisait de vivre

Qu’il suffisait d’être



De respirer l’air frais des faubourgs

Des champs de la vie

Du soleil, de la mer



Mais il faut se battre pour exister

Lutter pour affronter les peurs

Aspirer encore au bonheur



Et garder en soi les pleurs

Qui sont au bord de nos rives

Afin de croire en nous, croire en nous…









Auteur : Jacqueline Souza-Conti



Amitié, Amour qu’en est-il ?

Y a-t-il de vrais amis ?  Le doute m’en est permis
Puisque vers d’autres,  ils volettent à l’infini.
N’y a-t-il que des amants qui fuient votre vie
Pour aller conquérir aussitôt d’autres lits ?

Où sont-ils ces amis qui vous voulaient du bien
Qui vous promettaient tout mais qui ne donnaient rien ?
Où sont-ils ces amants qui croyaient au destin
Prédisant  un amour réciproque et sans fin ?


Sont-ils de vrais amis, sont-ils de vrais amants 
Si leur amitié ne peut tenir qu’un moment
Si leur amour-toujours se noie dans l’océan
Tous ces infidèles sont-ils des inconscients ?

Je ne saurais dire s’ils ne sont qu’inconstants
Ou à la quête du bonheur, tout bonnement.
Pensent-ils chaque fois toucher le firmament ?
Vaine utopie qui se nourrit du changement !

Il y a des amis, il y a des amants !
A l’amitié factice ou à l’amour absent
Ils se  jouent et abusent de vos sentiments
Et Il en est ainsi depuis la nuit des temps !

Alors, tant pis pour ceux qui croisent leur chemin
et succombent à leurs boniments,



Auteur : Axelle Yelma

Elle s'est installée sur son bureau,
Son coude gauche posé sur la table,
Sa main gauche soutenant sa tête.
Des feuilles sont disposées sur la table
De son bureau
Elle tient un stylo de la main droite.

Madame est en pleine réflexion
Sur quel sujet peut-elle bien cogiter ?
Quelles idées cherche-t-elle à développer
Dans son écriture,
Dans sa lecture ?
De simples interrogations.

C'est une écrivaine,
C'est une secrétaire,
C'est une professeure.
Elle est élégamment vêtue et parée.

Elle a du style,
Elle a de la culture,
Elle a de l'esprit.
Elle fait d'ailleurs penser aux Femmes savantes de Molière.





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